L'origine de l'univers
Kubra Khademi , Galerie Eric Mouchet , Latitudes Prod.
Le Confort Moderne jusqu'au 19 avril

Horaires d'ouverture : du mercredi au vendredi de 12h à 18h, le weekend de 14h à 18h + les soirs d'évènements.

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Entrée Libre
Exposition  
   

Sur une invitation de Madeleine Mathé. En partenariat avec la Galerie Eric Mouchet.

Avec l'accompagnement de Latitudes Prod. - Lille pour l'installation Afghanes : une vitalité désespérée. 

Kubra Khademi fait de l’art comme on proclame un manifeste : un manifeste pour la liberté d’expression, pour la résistance et pour la puissance des femmes. Originaire d’une ethnie Hazara en Afghanistan, née en 1989, sixième d’une fratrie de dix enfants, elle grandit dans un contexte traversé par les séismes sociétaux et politiques qui bouleversent la région depuis un demi-siècle. Élevée dans un système qui surveille et violente femmes et enfants, elle affirme très tôt sa volonté de s’affranchir des normes et de se soustraire à un ordre traditionaliste. Le dessin devient alors son premier refuge, un espace d’émancipation où se forge sa sensibilité artistique : une sensibilité qui portera des visions politiques et féministes qui la contraindront à l’exil.

Installée en France depuis 2015, désormais libérée des interdits et de la morale qui tentaient de la réduire au silence, elle fait de l’art une arme contre la fatalité et un moyen d’affirmer ses luttes.

Pour L’origine de l’univers منشأ جهان هستی, son exposition au Confort Moderne, Khademi réunit des œuvres récentes et des pièces inédites : peintures, sculptures, installations. Elle invite le public au cœur des thématiques qui irriguent sa démarche : la critique des systèmes de domination qu’il s’agisse du patriarcat ou de la colonisation, le contexte et l’histoire de son pays, ainsi que son récit personnel. Oscillant entre réel et mythe, l’œuvre de Khademi met en scène des fragments de vie – dans leur trivialité comme dans leur dureté – et déploie des fables habitées de figures mythologiques, porteuses d’espoir et d’empowerment.

Le titre de l’exposition fait écho à une histoire de l’art largement écrite par des hommes, pour mieux la dépasser. L’allusion à L’Origine du monde se manifeste dans la figure féminine récurrente de ses peintures : un corps féminin nu, qui donne la vie, violenté ou bien combatif. Dans un pays où la femme est trop souvent considérée comme un animal ou un objet, le corps constitue la première manière d’éprouver son lien au monde. Loin de la muse ou du male gaze façonnés par l’histoire de l’art occidentale, Khademi représente le nu féminin à travers des cadrages assumés et désérotisés.

Son parcours de vie est retracé dans la série de gouaches La fille et le dragon, qui illustre le livre du même nom. À travers différents épisodes, on y voit émerger sa passion du dessin, l’éducation sévère qui lui est imposée, le traitement inégal réservé aux hommes et aux femmes, les exils que la famille doit organiser, mais aussi la découverte du hammam et des quelques moments de joie que les femmes parviennent à se réserver. ​​
La figure du dragon apparaît à plusieurs reprises dans l’exposition. Dans l’histoire du dragon de Bamyan, cet être maléfique terrorise une vallée en exigeant chaque jour le sacrifice d’une femme vierge. Pour l’artiste, le dragon incarne avant tout la bêtise. Violent, menaçant et impressionnant par sa stature, il symbolise une force oppressive. Les récits de Kubra Khadémi inversent ce schéma : le dragon n’est plus tout-puissant, il est terrassé par la fille.

Son trait, direct et épuré, s’accompagne de tons doux et lumineux. L’apparente simplicité du dessin contraste avec la brutalité des sujets, amplifiant leur portée. Le visage aux cheveux bruns et aux yeux profonds que l’on retrouve dans ses œuvres, peut évoquer l’artiste elle-même tout autant qu’une figure universelle. Universels aussi sont les êtres enfantés par les femmes : humains, animaux domestiques (chevaux, ânes, moutons…) et figures mythologiques comme le Simorgh, le phénix Qognoos ou encore un dragon que la femme transperce à peine né. (série Birth Giving)

Son art s’érige en bouclier contre une existence étouffée et contre toutes les logiques de domination, le patriarcat comme le colonialisme. L’aliénation du pays à l’impérialisme de certains Etats transparaît de façon allégorique dans l’ensemble du travail de Khademi : par l’association entre les vautours et les ânes qui habitent ses peintures (Donkies), ou encore dans Sagas Encounters, une installation composée de treize drapeaux internationaux sérigraphiés et de vers du poète persan Rûmi. L’artiste dénonce ainsi l’ambivalence de pays puissants, vendeurs d’armes, alimentant les conflits pour renforcer leurs intérêts et la polarité Nord-Sud.

La fable s’efface parfois pour laisser surgir la réalité de manière bouleversante. C’est le cas de l’installation Afghanes : une vitalité désespérée jouée à Avignon et adaptée pour l’exposition au Confort Moderne, avec l'accompagnement deLatitudes Prod. Dans l’intérieur d’une maison afghane, des céramiques disposées sur une longue tablée invitent au partage tandis que se déploient dans l’espace des vidéos de Kaboul et des récits sonores. La ville y apparaît détruite et les sons font entendre les femmes qui, encore présentes dans le pays, demeurent soumises à un pouvoir taliban ne leur laissant que peu d’espoirs. Leurs témoignages révèlent pourtant un courage et une détermination immenses, tandis que les céramiques reprennent des textes persans fondateurs aux côtés de slogans scandés lors des manifestations de 2021 : « pain, travail, liberté ».

L’œuvre de Kubra Khademi est profondément politique. Elle porte en elle les ombres de son enfance tout en déployant une puissance cathartique. Son art devient un espace de liberté, de conquête, d’émancipation et d’affirmation de la force des femmes. Car l’artiste le sait : ce sont les femmes qui sauveront l’humanité !
Kubra Khademi
Artiste Pluridisciplinaire
AFG
 
Kubra Khademi est une artiste et performeuse Hazara d’Afghanistan née en 1989. Par sa pratique, Kubra Khademi explore sa vie de réfugiée et de femme. Elle a étudié les Beaux-Arts à l’Université de Kaboul, avant d’intégrer l’Université de Beaconhouse à Lahore, au Pakistan. A Lahore, elle commence à créer des performances publiques, une pratique qu’elle poursuit à son retour à Kaboul, en réponse à une société dominée par les hommes dont la politique patriarcale est extrême. Après l’exécution de sa performance connue sous le nom de Armor en 2015, elle est forcée de fuir le pays. Réfugiée en France, elle obtient la nationalité française en 2020. Aujourd’hui, elle vit et travaille à Paris. En 2016, elle reçoit le titre de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres. Nominée aux Révélations Emerige en 2019, elle est lauréate 2020 du 1% marché de l’art de la ville de Paris.
 
Son travail a été présenté dans de nombreuses lieux, parmi lesquels la Mill6 Foundation (Hong-Kong, 2023), la Kunsthalle Dessau (2023), la Collection Lambert (Avignon, 2022), Kadist Foundation (Paris, 2022), Museum Pfalzgalerie Kaiserslautern (2022), le Kunstmuseum Wolfsburg, le Kunsthalle Thun, la Void Contemporary Art Centre (Derry Londonderry), Pablo’s birthday (New York), le Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, la Biennnale de Bangkok, le Centre Wallonie-Bruxelles (Paris), El Rastro (Madrid), Signal (Bruxelles), l’Institut du Monde Arabe (Paris), le MuCEM (Marseille), la Fondation Fiminco (Romainnville).
 
Depuis 2016, Latitudes Productions accompagne le développement de ses projets artistiques et performatifs tandis que son travail plastique est représenté par la Galerie Eric Mouchet. Parmi ses plus récentes performances, on peut citer, le Museum Pfalzgalerie Kaiserslautern, le TNG de Lyon, la Condition Publique à Roubaix, le Centre Pompidou-Metz, et au Théâtre Nationale de la ville de Paris.
Galerie Eric Mouchet
Paris / Bruxelles
 
La Galerie Éric Mouchet représente essentiellement de jeunes artistes aux démarches prospectives, dont les sujets de recherche portent sur la géopolitique, la sociologie, l’écologie, les questions de société et de genre, sans limitation de média (dont la performance, l’installation, la vidéo, la photographie assistée Hi Tech...). La Galerie bénéficie également d’une expertise dans les avant-gardes historiques françaises et allemandes (Le Corbusier, Schwitters, Ella Bergmann-Michel et Robert Michel...), qui offre la possibilité de confrontations et d’interconnexions entre l’art vivant d’aujourd’hui et l’art du XXe siècle. La Galerie Eric Mouchet est membre du Comité Professionnel des Galeries d’Art et du réseau Paris Gallery Map.
Latitudes Prod.
Lille
 

Latitudes Prod. est le bureau de production de Latitudes Contemporaines qui accompagne Kubra Khademi dans l'installation immersive présentée pour la première fois au Confort Moderne.

Depuis 2006, Latitudes Prod. accompagne tout au long de l’année les projets de plusieurs artistes. Performance, danse, arts visuels, théâtre, musique, cinémix… L’équipe de Latitudes Prod. assure l’administration, la direction de production, la production, la diffusion, la communication mais aussi l’ingénierie culturelle de tous ces projets artistiques. Un accompagnement sur mesure, qui s’adapte à chaque projet.Le bureau de production accompagne également les artistes dans le développement de leurs projets, en France et à l’international. 

Dans Afghanes : une vitalité désespérée, le public est invité à s’installer dans une pièce conçue comme un salon d’Afghanistan, autour d’une grande nappe déployée sur des tapis, sur laquelle sont disposées des céramiques. Aux murs, quatre fenêtres, par lesquelles se dessinent des images des rues de Kaboul, telles qu’elles sont aujourd’hui. Dans ce lieu clos, le récit se déploie par l’écoute, les sensations et les images : on y découvre les témoignages de Laila, fondatrice d’une école clandestine pour filles, de Souhaila, artiste et chanteuse, et de Narges, ancienne enseignante qui se bat pour faire libérer son mari enfermé par les talibans. Privées d’éducation, de liberté de mouvement et de parole publique, elles continuent pourtant de résister, dans la clandestinité, par l’apprentissage, la création et la transmission. L’installation raconte cette vitalité fragile, clandestine, désespérée parfois, mais toujours vivante. Malgré la violence et le silence imposé, les corps, les voix et les luttes des femmes persistent en Afghanistan : elles sont toujours là.

 

Crédits

Mise en scène : Kubra Khademi

Récit sonore : Mortaza Behboudi

Scénographie, installation plastique et performance : Kubra Khademi

Vidéo : vidéastes et monteurs anonymes à Kaboul

Lumière : Juliette Delfosse

Mixage : Eric Boisteau

Régie générale : François Lewyllie

Production : Maria-Carmela Mini

Production Latitudes Prod (Lille)

Coproduction Festival d’Avignon, Théâtre de la Ville (Paris), Festival d’Automne à Paris, Les Halles de Schaerbeek (Bruxelles), Festival euro-scène Leipzig, Théâtre Molière Scène Nationale Archipel de Thau,Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Avec le soutien de la DRAC Hauts-de-France et de Open Society Foundations via l’Afghanistan Cultural Fund

D’après une idée originale de Caroline Gillet.

Remerciements L’École d’Art du Beauvaisis, et les céramistes Amandine Brunet et Valérie Dubuisson.