Tendres Combustions, Elisa Bertin et Lucille Jallot
Elisa Bertin , Lucille Jallot
Galerie jusqu'au 28 août

Vernissage vendredi 10 juin à 19h
Visites commentées en présence des artistes et/ou curateurs samedi 11 juin à 17h
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Exposition du 10 au 30 juin :
du lundi au vendredi de 12h à 18h,
les samedis et dimanches de 14h à 18h
et les soirs d’événements.
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Du 1er juillet au 28 août :
du mercredi au dimanche de 12h à 18h.
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Entrée libre
Exposition  
   

Ma première rencontre avec Elisa Bertin et Lucille Jallot s’est faite en musique. Deux salles deux ambiances. La première réalisait une performance musicale à la flûte traversière où les notes improvisées et libres chahutaient avec une technique bien rodée forte de ses années de formation au solfège. La seconde dansait et flânait dans l’espace-temps suspendu et frénétique d’une soirée techno dans les bois, aux gestes suggérant des apostrophes poétiques non identifiées. Il se dégageait de ces deux instants isolés une forte énergie liée au contrôle et au lâcher-prise, à la trouvaille d’un moment de fissure où ces deux notions contraires pourraient cohabiter avec justesse, s’alterner, passer d’un état à un autre.

La mutation des états de la matière rythme l’exposition Tendres Combustions de Elisa Bertin et Lucille Jallot, qui y présentent leurs nouvelles oeuvres réalisées au Confort Moderne, mais aussi et pour la première fois des créations produites en binôme. Les esprits combatifs des deux artistes s’allient pour manipuler et animer une matière transformée dans un travail de sculpture opulent, où la diversité des gestes génère autant qu’elle ne brise. En ne cédant jamais à la hiérarchie des formes qui jaillissent dans leur atelier, les artistes bâtissent des chimères, biomécaniques séduisantes, violentes et douces. L’exposition est un soulèvement des contraires, réunis justement pour s’affranchir de leurs définitions. C’est une invitation à danser avec le feu.

Les œuvres d’Elisa Bertin résultent d’un processus précis où des objets en plastiques récupérés sont fondus dans des produits chimiques puis séchés. Après évaporation des toxicités la substance retrouve sa légèreté et sa fragilité, pourvue d’une nouvelle forme liquéfiée que l’artiste suspend et assemble dans l’espace d’exposition. Mélangée avec du sable, Elisa Bertin crée ses propres plastiglomérats 1, matière première de ses sculptures récentes et témoins d’un nouveau cycle géologique, celui du plastique, marqueur de l’anthropocène. Ces points de tension apparaissent comme une composition picturale tri-dimensionnelle et immersive : les éléments se figent dans leur moment de cassure, suggérant un désastre tranquille, évacué de tout aspect spectaculaire pour nous renvoyer à notre propre impermanence. Sensible au cycle de transformation des objets et à leur impact engendré sur l’environnement, Elisa Bertin provoque avec élégance la mise en scène de nos propres sabotages. 

La pratique de Lucille Jallot est un risque au déconditionnement. Originellement artisan du cuir, l’artiste a d’abord bradé sa minutie au profit d’un contact charnel et souverain avec la matière : à la recherche d’un corps qui se mélange sur lui-même, c’est l’interaction avec la chaleur mécanique qui la fascine aujourd’hui. Rigoureuse, elle glane et répare des rebuts automobiles qu’elle recouvre de cuir à la manière d’un gainier. Cette nouvelle peau verrouille la fonctionnalité première de l’objet pour en révéler l’incohérence d’une silhouette nouvelle, onirique et tactile. Un sentiment d’étrangeté et de compassion se dégage de ces sculptures aux cicatrices mutantes. Lucille Jallot pose un regard précieux sur la différence, le monstrueux, l’anormal. En perturbant la représentation d’une dangerosité normalisée, l’artiste questionne les limites de notre corps, à la fois en tant que manifestation corporelle brute mais aussi en tant que construction sociale et subjective.

Léo Fourdrinier

1 Un plastiglomérat est une roche détritique (issue de la dégradation mécanique d’autres roches) en partie artificielle, il peut s’agir de matériaux naturels cémentés par du plastique au moment où il a fondu.

Elisa Bertin
Sculpture
FR
 
Son travail s’articule aujourd’hui sur de la sculpture. Il s’agit d’une recherche d’équilibre, d’agglomération, de consolidation entre des matériaux de construction et des matériaux très fragiles. Ces derniers sont établis au sein de l’atelier à travers des protocoles inspirés de récits issus de faits géologiques récents.
Lucille Jallot
Sculpture
FR
 

Sa pratique puise dans le monde de la mécanique automobile, de l’artisanat en tant que valeur-travail à questionner. Lucille Jallot joue de la sculpture comme une idée de tension, de discussions entre les matières / objets. Son travail est un doute. Un doute sensible. Elle utilise la mise en tension comme une méthode pour sentir le risque inutile, la cause presque perdue. Lucille joue à mettre à mal ce qu'elle croit connaître, ce qu’on aime à penser, le bon sens, le confort.