My Appropriation of Her Holy Hollowness, Raphaela Vogel
Entrepôt jusqu'au 22 août

Commissaire associée : Juliette Desorgues
-
Exposition ouverte du mercredi au dimanche de midi à 18h.
Nocturnes tous les vendredis soirs jusqu'à 22h.
-
Vernissage vendredi 11 juin à 19h
Entrée libre
-
Visites commentées sur demande ou sur réservation : 
ete@confort-moderne.fr ou 05 49 46 08 08

Entrée libre
Exposition  
   

Le Confort Moderne présente My Appropriation of Her Holy Hollowness (Mon Appropriation de sa Sainte Vacuité), la première exposition personnelle institutionnelle en France de l'artiste berlinoise Raphaela Vogel. Son langage artistique singulier entrelace des sculptures monumentales avec des peintures sur cuir ou tissu et des vidéos-sculptures intimes, d'où émanent des sons hypnotiques, parfois crispants, créant des constellations troublantes. Le genre, la violence, la mort et l’humour sont explorés dans le travail de Vogel et constituent la base de son intérêt pour les relations binaires traditionnelles entre l’humanité et la nature, la technologie et la biologie, la fantaisie et la réalité.

My Appropriation of Her Holy Hollowness comprend des œuvres récentes et nouvelles dans trois espaces. Une nouvelle série de sept sculptures sonores à grande échelle, qui donne son nom à l'exposition, domine l'espace central. Des moulages de lions en polyuréthane sont montés sur des barres métalliques, fixées et suspendues en rangées au plafond. Des haut-parleurs de forme ronde ornent les extrémités des queues des sculptures et planent timidement au-dessus du sol. Ils émettent un air doux d'une chanson allemande, la première de la série Voyage d'hiver du compositeur romantique autrichien Franz Schubert intitulée « Bonne nuit » (1828) qui traite de la douleur de l'amour perdu. Jouées et chantées par Vogel elle-même, les paroles de la chanson, écrites à l'origine par le poète allemand Wilhelm Müller, sont remplacées par des extraits de lettres enragées, échangées entre l'artiste et un ancien amant, dans lesquels iel se disputent la revendication et l’accès aux espaces culturels à la suite de leur séparation.

L'installation devient un portrait biographique intime, une partition musicale élégiaque et mélancolique présentée formellement selon une régularité rigide, à la fois par les sculptures qui suivent le rythme du son et les haut-parleurs qui agissent comme des notes. Le symbolisme traditionnel du pouvoir et de la masculinité associé au lion est rendu abstrait par la qualité liquéfiée et poreuse du processus de moulage, et d’autant plus dissipé par le son de la voix de l'artiste qui imprègne l'espace. Des formes hybrides et squelettiques émergent et servent de rappel macabre à la mécanisation violente de l'industrie agricole. L’oeuvre propose également une réflexion sur la désintégration du système socio-politique d'aujourd'hui, que Schubert aborde métaphoriquement dans Voyage d'hiver dans le contexte de l'Allemagne du XIXe siècle.

Alors que le son circule à travers les espaces, il sert de bande sonore à un film présenté en silence dans une salle adjacente. Cette nouvelle œuvre se présente comme un collage baroque mais sombre d'images et de textes kaléidoscopiques, ces derniers retranscrivant les paroles entendues dans les espaces principaux. Tourné dans une salle circulaire remplie de caméras, l'imagerie fait écho au vide formel, comme l'indique le titre des lions présentés dans l’espace principal.

Une nouvelle peinture sur cuir ornée d'une queue squelettique intitulée Defenders of the Faith (2021) est présentée au fond de l'espace principal. Faisant référence à la fois à l’histoire de l’art et à la culture populaire – à savoir une peinture de 1904 d’Adolf Mossa intitulée Circé et la pochette de l’album de Judas Priest Defenders of the Faith de 1984 – son titre offre une défense humoristique du rôle de l’art dans la société.

Il fait écho aux formes hybrides et à la violence de l'installation principale et crée un dialogue formel avec une installation récente intitulée The (Missed) Education of Miss Vogel, 2021 présentée dans la galerie arrière. Dix-sept peintures sur cuir sont suspendues tel des cadavres d'animaux dans un abattoir à deux structures métalliques circulaires. L'installation crée une carte mentale rhizomatique complexe des intérêts et des références de l’artiste couvrant la musique, la littérature, la philosophie et la culture populaire de Karl Marx et Pierre Bourdieu, au dressage et à la musique jazz. L'installation aborde la manière dont les systèmes canoniques du savoir – eurocentriques – sont créés et contribuent à la formation de la subjectivité. En faisant écho au langage esthétique de ce que l'on appelle «Outsider Art», ces systèmes sont remis en question et ébranlés.

Une tension se forme, créant un paysage vertigineux à travers un jeu d'échelle et de matérialité, entre opulence et légèreté, une holy hollowness (sainte vacuité), servant de point de réflexion sur les rapports entre le personnel et l'universel, le symbolique et la science, la production réifiée et celle de masse.


(English version here)

Télécharger le dossier de presse