Berlin Sunday, Norbert Bisky
Entrepôt jusqu'au 23 août
Ouverture du mercredi au dimanche de 12h à 18h.
Nocturne le vendredi jusqu’à 22h.

Visistes commentées sur demande ou sur réservation au 05 49 46 08 08
Entrée libre
Exposition  
   

Les derniers travaux de Norbert Bisky présentés à la galerie Templon à Paris mi-mars devaient proposer une immersion au cœur de sa capitale, « la folle ‘Desmadre Berlin’ de l’entre-deux-guerres ». L’expression fournira le titre de cette exposition qui fermera ses portes le soir du vernissage pour être confinée. Proposant de rejouer cette exposition en l’augmentant d’une sélection d’œuvres des quinze dernières années, Le Confort Moderne réunit un ensemble exceptionnel de près de cinquante peintures de l’artiste allemand, dont c’est la première monographie institutionnelle en France.

Berlin Sunday, son titre, est une référence au film Les Hommes le dimanche tourné au seuil des années 1930, qui suit cinq personnages dans les dernières heures insouciantes de la République de Weimar. Un dimanche au soleil fait de badinage, de baignade et de flirt, avec Berlin en toile de fond. Une ville rayonnante, praticable et ouverte à tous les possibles. Le film est considéré comme un monument de la Nouvelle Objectivité et ouvre la porte à toutes les Nouvelles Vagues. Nous pouvons nous risquer à une lecture du travail de Norbert Bisky par le prisme de ce mouvement et y déceler alors une forme de réaction à l’Expressionnisme, portée par des représentations socio-politiques entre cynisme et cruauté.

Les hommes le dimanche, nous les retrouvons aujourd’hui dans les clubs berlinois dont les parties dominicales sont particulièrement appréciées des locaux. Norbert Bisky entretient d’ailleurs une relation intime avec le plus mythique d’entre eux : le Berghain. En 2013, il crée pour le lieu sa première mise en scène avec la pièce Masse du ballet de la ville, le Staatsballett Berlin. Et depuis 2017, son grand format Vertigo prend place sur le mur d’entrée face aux vestiaires, offrant un corps-à-corps entre ceux qui se déshabillent pour rejoindre la chaleur étouffante des dancefloors ou des darkrooms et ceux qui se nouent dans les peintures qui composent cette installation.

Des années folles à aujourd’hui en passant par la chute du Mur, l’histoire de Berlin infuse le travail de Norbert Bisky et s’incarne à travers une histoire de la peinture qui relie Réalisme Socialisme, Expressionnisme et Nouvelle Objectivité. Le monde qu’il dessine est double, à la fois joyeux et morbide, hédoniste et dystopique, où se mêlent les illusions perdues d’une certaine jeunesse et les visions apocalyptiques d’une nouvelle. Les couleurs irréelles, pâles à ses débuts, plus saturées aujourd’hui, ajoutent encore à l’ambiguïté. On ne sait jamais vraiment si nous sommes en présence de scènes de plaisirs ou de souffrance - rien d’antinomique, me direz-vous.

Berlin Sunday est une ode à la liberté, à l’hédonisme et aux plaisirs sans peur de ces « côtés obscurs » que d’autres nomment dark side. Un dimanche où les dictats de la morale ont fait place à la responsabilité individuelle.

Aujourd’hui, nos clubs sont fermés et nous ne savons pas s’ils survivront à la crise. Nous leur dédions cette exposition.


Né en 1970 à Leipzig, Norbert Bisky a été largement exposé à l’international, notamment par le Martin-Gropius-Bau à Berlin (2003), le Museum voor Moderne Kunst (PMMK) d’Ostende (2003), le National Museum of Korea de Séoul (2004), le Dortmunder Kunstverein (Dortmund) et le Haifa Museum of Art en Israël en 2009. La Kunsthalle de Rostok lui a dédié une rétrospective en 2014. Ses œuvres sont présentes dans de nombreuses collections dont celle du Museum of Modern Art (MoMA) de New York, du Museum Ludwig de Cologne, de la Deutsche Bank (Francfort) ou du Fonds National d’Art Contemporain (Paris). A l’occasion du trentième anniversaire de la Chute du Mur, Norbert Bisky a bénéficié de deux expositions muséales à Berlin : Pompa, à la St.-Matthäus-Kirche et Rant, à la Villa Schöningen de Potsdam.