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Le Confort Moderne en travaux

Du 25 septembre au 20 décembre 2015

Exposition
Entrepôt-galerie

The Averty Show

Jean-Christophe Averty, Pierre-Olivier Arnaud, Nicholas Byrne & Anthea Hamilton, Brice Dellsperger, Arnaud Dezoteux, Bertrand Dezoteux, Fanette Mellier, Shana Moulton & Nick Hallett, Olivier Vadrot

lieu

Entrepôt-galerie

infos

Entrée libre du mercredi au samedi de 14h à 19h, le dimanche de 14h à 18h et les soirs de concerts au Confort Moderne
Vernissage vendredi 25 septembre.
Déjà parue : Revue Initiales n°06 - JCA, revue produite et éditée par l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon
En partenariat avec l'ina
Un événement #30ans

Attention ! Exposition partiellement fermée les 05 et 06 décembre en raison d'un tournage d'Arnaud Dezoteux dans l'entrepôt-galerie


Deux ou trois générations

Ceux qui ont l’âge d’avoir vu du Averty à la télévision s’en souviennent. Sa silhouette élancée toujours chic, sa diction inoubliable, ses colères mémorables sur les plateaux, même en direct, et surtout, l’intelligence et l’inventivité permanente des images qu’il a produites ont durablement marqué des générations de spectateurs, dès le début des années 1960 (s’il commence à travailler plus tôt à la télévision, c’est en effet au début des sixties qu’il devient réalisateur).

Averty réalise à partir de ce moment des milliers d’émissions à la télévision française : il produit des programmes à l’humour féroce qui scandalisent une grande partie du public et réjouissent infiniment les autres (en 1963, c’est l’affaire des Raisins Verts, une émission à sketchs dont l’humour noir ne doit rien à Hara-Kiri, et qui divise le pays), il œuvre à populariser le jazz dans une France qui n’en veut pas, il vulgarise avec brio les avant-gardes, la pataphysique, et la littérature moderne. Qui peut imaginer aujourd’hui de voir diffuser une pièce d’Apollinaire en prime time sur TF1 ? Averty est tout sauf consensuel. 

Il ne s’est du reste jamais soucié des hiérarchies ayant cours dans le monde de la culture : sa culture à lui, c’est celle des illustrés à grand tirage de la fin du 19è siècle, du music-hall, du jazz, de la science-fiction, des comédies musicales et des affiches populaires autant que celle des avant-gardes. Surtout, il applique la même exigence à produire les commandes qu’on lui passe qu’à réaliser les programmes dont il est l’initiateur (les dramatiques en caméra fixe) : qu’il produise un show d’Yves Montand, ou une adaptation d’Alfred Jarry, qu’il filme Zizi Jeanmaire, Dalida, Françoise Hardy, Gilbert Bécaud ou Dali, Averty fait d’abord du Averty.

Averty s’est fait plus rare à la télévision alors que commençait « le grand cauchemar des années 1980 » (F. Cusset). L’arrivée des chaînes privées, la pression économique grandissante et le culte de plus en plus irrationnel de l’audimat ont eu raison de l’idée de la télévision qu’il s’était toujours faite –une télévision exigeante, qui met l’imagination, le rêve et l’humour noir dans tous les foyers. Cette idée, il l’a défendue ardemment tout au long de sa carrière par la qualité de son travail mais aussi en tant qu’homme public, par ses prises de position farouches (une célèbre anecdote : l’audacieux Averty réclamant un rendez-vous à Valéry Giscard d’Estaing, alors Président de la république pour le houspiller au sujet de la suppression programmée de l’ORTF). Il continue de la défendre aujourd’hui lorsqu’on l’interroge, catastrophé et furieux  de ce qui est advenu de ce merveilleux instrument de culture et de divertissement qu’aurait dû ou pu être la télévision. Toute son œuvre est un manifeste pour une idée de la culture à la fois exigeante et inclusive.

On ne cesse aujourd’hui de vouloir redéfinir les missions de l’audio-visuel français. Les symptômes  d’une difficulté générale à trouver une nouvelle voie pour ce médium qu’est la tv sont partout visibles. Car s’il existe bel et bien un renouveau de la télévision, il se trouve presque exclusivement dans le format de la série. Pour le reste, ce sont les mêmes jeux idiots, les mêmes lumières criardes sur des plateaux mal décorés, les mêmes talk-shows péniblement ressuscités à chaque saison, bref le même manque d’imagination aujourd’hui qu’il y a trente ans. Les profilers et les médecins légistes ont remplacé les inspecteurs en costumes blafards, Laurent Ruquier a remplacé Guy Lux. Mais seul le décor a changé.

Un univers graphique

Averty est un homme de télévision, mais il a toujours été très soucieux de l’univers graphique qu’il inventait. Il décrit ses émissions comme des « mises en page » et a même reçu un prix de graphisme en 1969.

C’est l'esthétique du collage vidéo et de l'incrustation qui reste la marque de fabrique visuelle de ses émissions (notamment après le passage à la couleur en 1967). Averty a en effet formé pendant près de 20 ans un binôme créatif avec Max Debrenne, ingénieur spécialisé dans les effets spéciaux, qui a su donner corps, ou plutôt donner image aux story boards avertyens, en multipliant les incrustations, volets, et autres médaillons dans la réalisation.

Avec son acolyte, Averty a exploité toutes les possibilités de production vidéo, et il a inventé une image hautement reconnaissable : colorée, découpée et totalement synthétique. Filmant les acteurs ou les musiciens sur un plateau entièrement nu, sur fond bleu et ajoutant les décors par incrustation, et le son en postproduction, Averty invente des mondes à partir de rien. Le plus souvent, les décors sont dessinés, et très inspirés par la bande-dessinée. Il décrit les acteurs comme des marionnettes.

Le monde visuel d’Averty est une véritable machine de guerre contre le naturalisme.

Averty et la musique 

La musique, live ou enregistrée, a joué un rôle prépondérant dans l’œuvre d’Averty, à la télévision comme à la radio. Averty, collectionneur passionné de disques, fut tout au long de sa carrière un passeur généreux de la musique qu’il aime.

Il a mis en image une grande partie de la variété française dès les années 1960 (il a notamment réalisé la fameuse vidéo Melody Nelson de Serge Gainsbourg, mais a également travaillé avec Montand, Ferré, Chevalier, Dalida, Bécaud, Gall). Il a également été le réalisateur officiel du Festival de jazz d’Antibes pendant près de 30 ans, et il a produit de nombreuses comédies musicales pour la télévision.  

A partir de 1978, il présente Les Cinglés du Music-hall sur France Inter, une émission dans laquelle il s’enflamme pour cette musique des années 1920 à 1940 qu’il aime et qui le passionne. L’émission durera 28 ans. 

Une exposition en deux parties

The Averty Show n’est pas une exposition en forme hommage, ni une relecture érudite du travail d’Averty. Elle prend pour point de départ son œuvre télévisuelle et la met en regard du travail d’artistes contemporains, pour la plupart vidéastes.

Certains d’entre eux connaissent bien son œuvre et s’en sont nourri, d’autres l’ont croisée, et certains ne le connaissaient pas (Averty n’a semble-t-il pas encore traversé les frontières, même s’il a gagné un Emmy Award en 1965).

Quoi qu’il en soit, ils partagent tous une même sensibilité à l’image, une même approche de l’art qui fait la part belle à l’imagination (et il faut entendre ici ce terme dans son sens le plus fort, celui d’une faculté puissante, voire révolutionnaire), un même goût du collage, et un même refus des hiérarchies culturelles, de l’illusionnisme et du naturalisme.

Averty n’est pas un artiste. Il se définit lui-même comme un « téléaste ». The Averty Show ne vise donc pas à réintégrer Averty de force dans une histoire des arts visuels, mais simplement à affirmer que son travail pour la télévision française est une œuvre à part entière, qu’Averty est une imagination indépendante qui s'est nourrie de l'histoire des arts et qui l'a nourrie en retour et qu’il fait pleinement partie de la culture visuelle de notre époque.

Commissariat : Jill Gasparina
En partenariat avec l’INA

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