[Interview] Amicale du Synthétiseur / Holy Strays

Retour sur ... 30 mai 2012 12:34

Quelques jours encore avant le Grand Bazar, quelques jours encore avant le premier rendez-vous de l’Amicale du Synthétiseur, pour l’occasion, on a posé quelques questions à Holy Strays, qui ouvrira les réjouissances dimanche 3 Juin!

 

Tu peux nous expliquer d’où tu viens, et comment ce projet s’est créé? D’où vient ce nom aussi?

J’ai créé Holy Strays il y a un peu plus d’un an et demi maintenant. La naissance du projet est assez vague. A l’origine batteur, je me suis trouvé sans groupe début 2010.. Par envie ou besoin de retenir certaines de mes idées, je me suis décidé à les enregistrer. Il s’agissait pour moi d’un procédé nouveau. J’expérimentais, je découvrais, je m’initiais. Je continue d’apprendre et m’améliore peu à peu. 
Dans un premier temps je souhaitais produire des beats aux sonorités post punk pour travailler avec mon meilleur ami, excellent chanteur. Finalement, ce projet s’est développé en parallèle – MILAN, duo avec lequel je commence à jouer et à enregistrer depuis peu – et la plupart des esquisses que j’envisageais comme tel sont devenus de vrais morceaux pour Holy Strays. J’ai envoyé six titres de démo à Britt et Amanda Brown, boss du label Not Not Fun records, qui ont décidé de les sortir sous forme d’un premier EP k7. Puis un single, ‘Phrenesia’, est paru en vinyle l’été dernier.

Quant au nom du projet, je ne saurais vraiment l’expliquer, j’imagine qu’il témoigne de ma démarche. A chacun d’en faire son interprétation.

Comment t’es venu le choix du synthétiseur? Il me semble avoir lu entendu que tu as plutôt une formation « jazz ». Plus globalement c’est quoi ton rapport à la musique synthétique?

Le synthétiseur s’est imposé par défaut plus que par choix conscient. Je n’avais presque aucune formation de mélodiste. J’avais pensé commencer par la guitare, mais je me suis rapidement rendu compte que le synthétiseur offrait une liberté sans égal, et conservait l’aspect rythmique, percussif, qui m’était cher. 
A vrai dire je découvre peu à peu la musique synthétique. Au moment de débuter Holy Strays je n’avais jamais véritablement écouté d’electronica, de techno ou d’IDM : un peu de krautrock, beaucoup de dub et de drum&bass, mais c’est à peu près tout. Je venais du jazz, de la world, de la fusion. J’ai véritablement découvert la musique électronique, le drone, l’ambient ou la house au contact de Not Not Fun, de ce que certains musiciens du label ont pu m’envoyer ou me faire écouter.

Comment tu construis tes morceaux et tes lives? Je crois qu’il y a une part laisser à l’improvisation?

J’élabore mes productions et mes lives de manière opposée. Les morceaux enregistrés sont minutieusement produits et assemblés, tout le contraire de l’écriture automatique. Chaque piste est longuement murie. Je suis généralement très lent à produire car je laisse chaque idée de se développer d’elle-même. Je prends le temps d’y revenir, c’est un procédé laborieux.

Le live est à l’inverse une manière de donner vie à ces morceaux, spontanément, en évitant de tomber dans le recours à l’automatisation de la musique. Je voulais conserver l’aspect « joué » des productions, d’où le recours à l’improvisation. Disons que l’origine, le point d’orgue et la chute de chaque morceau sont prédéterminés. Il s’agit ensuite d’explorer la distance qui sépare ces trois repères.

Tu travailles toujours avec ce bizarre logiciel qu’est audacity?

J’ai commencé avec Audacity par souci d’immédiateté. Ce logiciel ne possède aucun séquenceur, très peu d’effets, des possibilités limitées. Un plug & play, en quelque sorte. Il faut faire preuve d’imagination, expérimenter pour s’en sortir. Ce que j’apprécie toujours avec cet outil c’est qu’il n’assiste en rien le musicien, lui laisse une totale liberté dans l’enregistrement et le traitement des pistes. Par contre, il est très précaire lorsqu’il s’agit de mix et de production, je n’ai donc pas pu m’en contenter très longtemps, mais il m’est parfois bien utile.

On t’avait reçu il y a un an maintenant dans un cadre plus contraignant, comment ton live a évolué?

Le Festival VOIX était l’occasion d’incorporer l’élément vocal dans mes morceaux live, de manière plus ou moins improvisée. J’ai pu me rendre compte que je n’étais pas suffisamment confiant pour pouvoir me servir de ma propre voix sur scène, et assumer en même temps le jeu de construction des boucles. J’ai donc pris la décision de ne pas renouveler l’expérience, du moins pour le moment.

Mon live obéit à la même configuration, mais les compositions, elles, ont évolué. J’approche les morceaux de manière plus construite, j’essaie de tisser des transitions, de lier les mouvements, de bâtir un set sur la longueur, de jouer sur l’intensité des morceaux. La part improvisée est toujours bel et bien présente.

Musicalement tu intègres de plus en plus la voix dans tes morceaux, en tout cas j’en ai l’impression, c’est le résultat d’une nouvelle approche?

Effectivement, il y a beaucoup plus de voix dans mes nouvelles productions : parfois la mienne, séquencée, pitchée, déformée, parfois des field recordings ou des samples. Il y en a toujours eu mais elles se faisaient plus discrètes, fondues dans les textures. Désormais, j’ai envie de les placer au premier plan. L’aspect organique qu’elles introduisent est réellement indispensable à ma musique…
Malheureusement les voix sont pour le moment absentes du dispositif live, mais je compte bien y remédier dès que possible. Mon rêve serait de travailler avec des chanteurs ou des choristes, voire des MCs, j’aimerais fonder un groupe pour jouer ces nouvelles compositions.

Souvent, on qualifie tes mélodies de longues nappes hypnotiques, quel rapport tu veux créer avec le public? Quand on écoute tes morceaux on est souvent dans une approche un peu contemplative, quelque chose de l’ordre du light show ou d’une écoute, j’allais dire passive, mais qui se révèle en fait plutôt active mais progressive. Un truc un peu bizarre ou on hésite entre s’allonger et méditer, ou bien se lever pour danser…

Je ne saurais bien me prononcer sur ce sujet. J’imagine que chacun réagit différemment ? J’ai joué dans des contextes tellement différents, en club, en salle, en extérieur… Cette année, j’ai ouvert à la fois pour Ivan Smagghe et Scott Kelly ! Chaque live produit son effet. Je ne sais pas si je cultive volontairement cette ambigüité « transe, danse et contemplation », mais elle convient plutôt bien à mes intentions. J’aime créer la surprise, la rupture, peu importe que le public me suive ou non.

La construction progressive de tes morceaux, vise-t-elle à créer une sorte d’état du corps de l’auditeur?

La construction progressive des morceaux est propre au live en fin de compte, car mes productions ne le sont pas systématiquement. Elle est principalement liée à la contrainte de l’empilement des boucles, mais cette contrainte est stimulante dans la mesure où elle crée une immersion, un étourdissement progressif, à mesure que les strates de son se superposent.

Quand tu as reçu notre invitation, ça t’a inspiré quoi « L’Amicale du Synthétiseur »?

Comme je te le disais, la découverte du synthétiseur est l’impulsion qui a permis à ce projet de voir le jour. Sans être fétichiste,  j’y suis réellement attaché. Je pense qu’il est plus que jamais porteur d’une connotation rétro, kraut ou 80′s, mais il reste à mes yeux l’instrument du futur. Il est tellement riche en possibles.

Merci à toi pour ces quelques réponses à nos questions, on a hâte de te retrouver dimanche! Et d’ici là n’hésitaient pas à jeter une oreille ici:

Holy Strays, Phrenesia

 

 

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